პარიზში დაბრუნება — შეჩერებული მომენტი

   En mai 2024, je me retrouve à Paris pour une période de 3 mois, enceinte de 8 mois, je suis venue donner naissance à mon troisième enfant en France. Nous avons tous fait le voyage pouraccueillir la joyeuse petite surprise de la famille. Après elle, nous serons définitivement au complet.

  J’ai pris plus de poids que pour les deux premières grossesses, mon ventre est bien rond, nous sommes en été, il fait très chaud et
on ne peut pas se tromper sur mon état physique. Je me déplace encore normalement, mais dans quelques jours, je serais presque alitée, j’aurais des crampes tous les jours, des insomnies, une fatigue écrasante et une peur bleue de me retrouver bloquée sans
pouvoir bouger dans un lieu public. C’est l’une de mes dernières sorties avant la naissance de Mia.

  Cet après midi-là, nous nous rendons à l’église de l’île Saint-Louis pour assister aux chants polyphoniques géorgiens interprétés par lechœur franco-géorgien “Marani”. Mon conjoint et son frère font partie des choristes depuis plusieurs années. Je connais donc très bien les membres de ce chœur, et je suis aussi enchantée de pouvoir les revoir. Je ne les ai pas revus depuis mon départ en Géorgie. L’ambiance avec ces chanteurs y est toujours
décontractée et amicale.

   Assisse sur un banc de la paroisse, mes deux filles de chaque côté, je profite de ce moment de silence propre aux lieux de culte.
Je ne suis pas spécialement attirée par quelconque forme de religion et, pour autant j’adore le silence de ces endroits, une véritable aura de paix s’y dégage. Je suis heureuse de me retrouver ici, dans ce lieu sublime avec mon homme qui chante et mes deux princesses. Les voix du chœur a capella résonnent comme un écho, rebondissent sur les vitraux et nous renvoient à la puissance du caractère géorgien.

   Mes petites de 5 et 3 ans, pleines d’énergie donc, demandent une surveillance constante. Ce ne sera pas simple de les garder assises jusqu’à la fin. Il faut les distraire un peu, mais je suis sereine, je vis l’instant, au pire, nous pouvons nous éclipser brièvement avant la fin du concert. Au bout de 30 minutes, elles commencent à s’agiter, elles ont du mal à rester en place. L’une d’elles se met même à chanter. Elles connaissent les chants et Lily
donne le ton…

   Et voilà qu’une voix venue du rang derrière nous, s’exclame : « Non, mais ce n’est pas possible ! On est dans une église! Vos filles n’arrêtent pas de faire du bruit! Tenez les un peu!” Je réagis du tac au tac, fermement : “Monsieur, ce sont des enfants !”

  Avec mon nouveau-né dans les entrailles et mes enfants témoins de la scène, je suis abasourdie par son attitude. Oui, mes loupiotes sont vivantes, et je les éduque sans téléphone portable (petit rappel: sans les écrans, oui, les enfants, mon Dieu, quelle horreur,ça bouge !) Cet homme-là, vraisemblablement, ne se doute pas non plus de ce que peut traverser corporellement et psychiquement une femme enceinte. Cette interaction m’a laissé un goût amer. Il n’a malheureusement pas été le seul à montrer une indifférence totale face à mon état et mes enfants.

    Le problème en France : les Français ! Et notre problème ici n’est pas économique, mais bien psychologique.

   Que ce soit dans la queue des supermarchés, dans l’ascenseur, n’importe où je pouvais croiser des gens, les personnes les plus empathiques, sympathiques face à ma grossesse, ont été des étrangers, des femmes voilées, des Africaines, des Maghrébins, ou des personnes âgées. Elle est passé où notre compassion pour la vulnérabilité? Je me souviendrais du visage rayonnant d’un monsieur certainement venu des Antilles, qui m’a remarqué de loin, ne m’a pas lâché des yeux, et m’a souhaité du bonheur avec l’arrivée de cet enfant en me croisant. Il avait une telle énergie positif, j’avais envie de le suivre, et que cette parenthèse dure plus longtemps. Son image est toujours dans ma rétine, très net.

   Juste après l’accouchement, pour revenir en Géorgie, vécue dans le RER avec mes trois enfants, cette scène m’a aussi paru être de la science-fiction. Nous sortions de la gare, remplis de valises, ma croquette en porte-bébé, mes deux plus grandes près de moi, et mon conjoint qui se tapait des allées et retours dans les escaliers pour descendre ou monter les bagages, il était en nage. Là, dans le wagon, pas un regard, je me suis approchée d’une dame qui n’a pas daigné lever ses yeux, même avec l’arrivée d’enfants tout près d’elle, et qui avait son sac sur un siège vide. Je lui ai demandé simplement de faire de la place pour mes enfants, et elle a retiré le sac comme si je lui avais demandé un service déplacé, ou comme si j’étais la énième personne qui lui demandait de l’argent. Je suis allée voir mon conjoint et je lui ai dit dans l’oreille : « Je suis en choc culturel maintenant dans ma propre ville! ».

   J’éprouve un profond chagrin à l’idée que je partage avec ces personnes la même culture, et que, visiblement, notre éducation ne nous enseigne pas l’accueil, et la bienveillance de l’enfance (qui devrait être innée bordel !). Je regrette de revenir dans mon propre pays pour y constater que mes filles peuvent dérangent des inconnus simplement parce qu’elles se mettent à chanter à un concert ou qu’elles ont besoin de s’assoir quand un wagon est
bondé…

   On m’a souvent demandé pourquoi je suis ici, en Géorgie, alors que je suis française. Si je devais ne choisir qu’une raison, ce serait celle-ci : pour que mes enfants soient des enfants curieux et ouverts d’esprit, et qu’ils aient pu connaître l’hospitalité des adultes. Pour qu’elles soient bilingues dès le plus jeune âge, qu’elles se sentent chez elles en Géorgie comme en France. Elles n’ont pas à choisir. Ces valeurs-là, sont extrêmement précieuses à mes yeux, et tant pis si je dois abandonner un certain confort personnel pour l’instant, en vivant loin de mes racines, et en étant payé deux fois moins que je l’étais en France, et en butant sur des mots avec mon géorgien d’une enfant de 4 ans et demi. Mon confort émotionnel a primé sur quelques conforts matériels, jusqu’à présent…

   Le choc, dans ce bref retour, venait du fait que je vivais tout le contraire en Géorgie durant ma grossesse. Quand je me baladais à Tbilissi avec mon gros ventre, je me faisais arrêtée par de vieilles dames qui ont tenté en géorgien, en russe de me dire à quel point mes filles étaient belles, m’ont demandé le sexe de l’enfant, et se sont exclamées : trois filles c’est magnifique ! On m’a fait des compliments sur mon ventre (Vous avez fait des compliments sur le ventre d’une femme enceinte, vous? Je vous le recommande, vous allez la faire briller de mille feux) Les gens sourient au passage des enfants dans la rue, des personnes inconnues sont rentrées dans d’une épicerie pour leur acheter 3 bonbons, des gens qui ne pourraient pas se payer les beaux habits du Monsieur de l’église, ni même la belle éducation de cette femme frustrée dans le RER.

 Quand est-ce qu’on rentre à Tbilissi, déjà

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Leave a Comment

თქვენი ელფოსტის მისამართი გამოქვეყნებული არ იქნება. სავალდებულო ველების მონიშვნის ნიშანი *

Scroll to Top